Je travaillais pour une grande agence américaine, à cette période là. Je n'ai aucun morceau associé à cette soirée. On est arrivés dans cet endroit dont le romantisme n'a aucune limite, un bateau de 25 mètres dans un port aussi minuscule autant entrer dans un club un gyrophare allumé sur la tête. On est partis visiter la ville en surplomb, avec son cimetière de renommée internationale parce que, précisément, au sommet du surplomb avec une vue sur la Mediterranée de catalogue, on est redescendus en passant par les églises, et sur la place centrale, j'ai entendu mon nom.

Mick ( nan pas Jagger, Korvin ).

Je n'ai jamais, durant toutes ces années de croisière sur le bateau de mon grand-père, croisé quelqu'un d'autre que lui. Lui qui travaillait avec moi dans l'agence américaine. Lui avec qui j'avais partagé une expérience désastreuse ( travailler pour AB production à la création ce ce qui est devenu la série des Musclés )(quelques mois surréalistes pour de vrai)(un jour je vous parlerai de Dorothée hors antenne et des désidératas des Musclés  : vous nous mettez du foot et des gonzesses, hein )(hein...).
Lui que je voyais quelquefois en dehors des heures de boulot avec un de nos amis décédés ( Noel Kaufman, à cette période là boss de Java productions ), voilà que je le rencontrais ici, à Amalfi, et que, bien-sûr comme tout le monde, il avait vu la grande vedette blanche en contrebas.
Je l'ai invité à prendre l'apéro sur le bateau.

Il est arrivé avec une casquette blanche de yaghtman qui a fait sourire ma mère et lui a fait me glisser Il a les cils qui frisent.

Le club dans lequel nous avons fini cette soirée n'a de mérite que son décor.

La majeure partie du sol, construit en pavés de verre colorés, permettait  de danser avec toute la baie, et plus précisément la route qui serpentait autour de cette baie, sous les pieds. C'était vertigineux, et kitch. (La casquette de yaghtman aussi, vertigineuse et kitch).

Je n'ai pas eu de nouvelles de Mick pendant longtemps, Amalfi c'était en 1989, Nono est mort, son meilleur ami, et l'eau a pas mal coulé. Il est écrivain. Il m'a donné un coup de main il y a un mois. Je l'ai appelé comme si la veille, il a accepté tout de suite, son dossier s'appelait Cess quand il me l'a envoyé trois jours après. Comme si de rien. Comme si le temps. 

Le vertige coloré du vide. 







 
Part 1. Blindée.

( ,Juillet O1

 

Atterris hirsute d’hire le 13, trottoir profond de boulevard, gens, foule mouillée, frôlements, trébuche, sol gluant, boulevard mouillé, glissant, autos autour, plein, bruit, gueule : merde que nul n’entend dans le capharnaüm, yeux pissant derrière les lunettes, viens de quitter, à un comptoir en plus, ce cowboy, il ne m’aimera plus, il en aime un autre, un allemand, celui là et un autre, et son fixe, moi non, moi fini, leurre, pleure, il ne m’aimera plus moi, mois de juillet dégueulasse, pluvieux,

froid, pourri, ne crois plus au sentiment, lucide, l’ire encore m’assèche le palais, indique au taxi amène par-dessus Radio Bleue la direction, le Bateau, pas question d’ impossible à cause de cette putain de fête nationale sa mère, m’enfonce dans le cuir, déplore mes glandes

lacrymales désormais disfonctionantes, détresse, absolue, descends la vitre de l’ extremité de l’index, plastique, gouttes tièdes s’atomisant sur ma joue droite, brumisent, crasse moite, diffuse, le chauffeur tente par tous les axes, passer rive gauche il dit, Bastille prise par les pompiers il dit encore, CRS par bus entiers bloquent les accès, on contourne le merdier il continue, retour vers les Halles il annonce,

souterrains, sensations d’univers clos, tunnels, les pétards, moins brutal, moins près, danger s’éloigne, passons la Seine, sens le vent, bigo vibre, le mien, message,  tunnel, loupé l’appel, Sam-uel  se débine, entre le temps la fatigue et le contexte, pas l’énergie, il dit, devras faire sans moi, de toute façon, faire sans lui, obligation, sans personne, loi universelle, rupture = seul, aucun pansement, déchirure intérieure, corrosion de l’arrachement, ajouté le sale alcool blanc, encore, le comptoir, encore lui, retournée, il va, falloir, gérer le spectacle, ignore comment, planter Nico, impossible, ai juré, si tout le monde fait l’impasse il n’y aura personne, pas le droit, ai juré.

 

Arrive enfin, sons d’eau, passerelle, traverse le bateau, ivre, obstacles au sol, espaces entre les planches, talon coince, trébuche, l’alcool blanc du comptoir, relents, reprends pied, connais l’endroit, mémoire, repères, rampes, le roulis ne me déstabilise pas, dedans moi en revanche la tangue, grave, voix familières,haut placées, m’apostrophent, tout autour, brouhaha faible, d’ambiance, peu de voix, quasiment personne, trace, rambardes tubulaires, métal, couloir, étroit, mains de chaque côté sur les parois, porte à droite, ouverte, backstage, gens, me défoncer, la culpabilité le concrêt pas que ça à foutre, ce soir, larguer les affaires, dans les bras de Nico, confesse, plein le cul, année de merde, façon de fonctionner pourrie dès qu’il s’agit de Sentiment, la mienne, Nico serre, lâcher si ça monte, chialer non, fouilles dans mon sac, fouille, trouvée, boite à pilules,laiton, ancre sur le couvercle, ouvrir, trois doigts, gélule, trois doigts à la bouche,mécanismes, Nico fait tourner, alcool au gingembre, avale, déglutit, on verra, de l’autre côté  du couloir, son étouffé, scène, l’antre du bateau, Dj Kicq au son, oublier, oublier fini, on verra, un impossible de moins, de plus, avec un pédé séro plus, pas mal impossible, d’avance, y avais cru, oublier, on verra, avais cru à la différence, prétentieuse, ce nous, plus forts que ça, oublier, on verra, lui non-éjaculant évidemment, histoire b-i-aisée d’ avance, celle-là, de plus, une, oublier.

Crue plus forte que la vérité, laisse choir, pâle choix, obligée.

 

Attends les effets.

 

 

 

Pour accélérer rejoins la piste, laisse glisser mes doigts, balustrade, des mouvements autour, gens, roulis, désarçonnée, un peu, alcool au gingembre, conséquences, basses épaisses, cognent, organisme saturé, le mien, reçois de plein fouet, tangue, bras tendus, long des hanches, (set) au son, set irrésistible, one for the trouble two for, paroles, the ta-a-a-a-aillme, paroles, chimie fonctionne, tout, autour, tous, dissolus, ultimes notions de réalité, juste le son, m’accroche à lui, bouge, rencontre avec mes membres, parfois, bras,  ventre, cul,des autres, des mains, des autres, relancent, moi, Nico, mère de la nuit, vient de temps en temps, rit, ceux non-arrivés, ceux ne viendront plus, bérézina, fête

plantée, magistrale, passe à autre chose, rit, revient à cette histoire impossible, mienne, rit, enfin, débarrassées, prend mon ventre au milieu, danse ensemble, sens les lumières, chaleur alternative, spots fixes tout près des enceintes, chaleur sur moi, Nico raconte, des écrans, images samplées par deux vidéastes elle dit, Feadz au son, scratchs, house énervée, défilé en fuite des minutes, tout ça, le reste disparus, perchée, oublie, tout, cowboy, pédé, réalité, salope, anamour, merde, envie d’être ailleurs, décalquée, mélanger, encore, son, alcool, fumer, un S.A.S , un club, no more head, plus rien.

 

Jambes réclament, pause, Tim Paris au son, remonte les marches, prudence,

déséquilibre, basckstage, gens, nouvelles voix, jeunes, odeurs, fumées, air âcre, m’incruster, banquettes en bois dur, entre un corps et un mur, appuie mes pieds, devant moi, mur, faire circuler le sang dans chevilles et mollets malmenés, talons trop hauts, ris, mûre, n’importe quelle connerie, disjonctée,  était temps, plus envie d’alcool, non merci, mon voisin de gauche, voix, propose, alcool à huit degrés, non merci, juste le son, sa voix, gorge, timbre grave, reliquats de mue

dans les aigus, jeune et vieux à la fois.

 

Une main dans la mienne, notion de l’heure absentéïste, une voix, cantonade,sale bourgeoise qui se prend pour une artiste, qui, tant pis, autre chose, paume douce, dans la mienne, calée, doigts longs savants, serpentins graciles, ongles courts, coude à coude, manches, synthétique épais, la sienne, parka, fourrure de la capuche contre mon épaule. Chaud pour un mois de juillet. Quel âge ?

 

La voix, vingt ans il répond.

 

L’impossible, on y revient.

 

Pire qu’un supermarché.

 

Décoller, de là, quitter, encore, la main, retrouve Nico, son rire, repère, Dave Lala au son, danser en avançant, bar, boire pour boire, eau, la main, raconte, la voix, réfréner la pulsion aujourd’hui déjà servie en ration, expliquer la fuite.

Nico, son sifflant, ses dents, tu devrais pas flipper, elle dit, sortir avec des mecs de quinze ans de moins = la moindre des choses, au moins avec les mecs de cet âge là, et pas qu’au pieu, elle rigole. Au moins, elle s’oublie.

 

Là, point de non retour, ou difficile, une main doigts longs ongles courts, dans la mienne, retrouvailles de paumes, accoudée au bar, chaud, bien, la voix, un verre ou pas, refuse, fuir, à nouveau, plus souffrir, de personne.

Plus = impossible.

 

Alors : danser, sempitéternelle rengaine.

 

Elimine, tournoie, son indique, piste se vide, moins de corps autour, moins de touché, Nico, son rire, de plus en plus disctinct, on a baissé le volume général, Nico, omni-là, toujours, mère de la nuit, un job, emprunter son portable, appeler un taxi, mission, sortir, la voix sans âge, virile et imberbe en taciture, un mec, l’insisteur le retour, venir chez moi, il dit, vieux jeune, tiraillée, oui non non oui, raide, jambes molles, décker, par défaut, ok, pourquoi pas, n’importe quoi, au point où, Nico, voix voilée, ça av les poulets, tourmente, pas pédophile, pas moi, pourtant baiser…, baiser et que ça ne soit pas un drâme…, impossible, trop jeune, pas pédophile, pas moi, on y va, timbre imberbe, grave aigü, on y va, décidément, résistances en décomposition, déliquescence du non, finalement, suivre, risque option, passerelle, retour sur la terre molle, vent, matin, odeurs de bitume humide, double klaxon, taxi, voix masculine s’engouffre, banquette velours, housse synthétique, trous de clopes sous ma cuisse gauche, radio Rires et chansons, taxi, relents de tabac froid, parfum de club, son adresse, il donne, Nico, essouffée, à ma portière, vitre baissée, un doigt, sa voix détruite dans mon oreille gauche, joli, super joli, tout bas, elle dit, à plus tard, elle achève un décibel au-dessus.

 

On roule, ça tangue dans la ville ferme, avouer, atomisée, mélanges, trop de, prendre les devants, excuses à l’avance, ouvrir la fenêtre en grand, air tiède, odeur sale, d’après pluie, respire, dehors sans voiture, ville morte, jour férié, bruits de pneus, pavé encore mouillé, monter, redescendre, colline urbaine, butte, laquelle, bute, abandonne la géographie, revenir au réel, remontée de fatalisme : et s’il avait une petite bite ?

 

 

 

Dix minutes de trajet, ralenti du moteur, sensations d’aube mixtes, sèche et gluante, le moteur stoppe, réitère le désolée, trop, les mélanges qui me font chanceler, guiboles incertaines, équilibre peu fiable, aggripée à sa taille sous parka, sous mon débardeur, mon dos cambré, sa main dessus, question, ma peau dit-elle notre différence d’âge, compare nos pores, parallèlement respire, odeurs de feuille humide, jardin détrempé, glisse un peu de l’eau sur la pierre lisse, mes semelles lisses aussi glissent, frôle du bois, main droite libre, lambris, odeur de pin sec, entre à l’intérieur, son assourdi, aigüs absorbés, moquette, escalier, rambarde,

petites marches étroites, virages serrés, un étage, deux, attention à ta tête il dit, soupente, chaleur, cables au sol, obstacles, avance, désolé pour le bordel il dit, ne réponds pas l’ aucune importance, accrochée à deux épaules devant moi, bascule doucement en avant, lit, couette, trop épais pour un mois de juillet, chambre en soupente soit grosse chaleur zénithale, bruit de grosses baskets, semelles humide l’une après l’autre sur du parquet, gniiik, gniiik, zip, fermeture métal, froissement de toile Kway, pantalon, avance ma main plus fermement pour toucher la forme, modèle freeparteur, pourquoi pas après tout, après tout le reste, pourquoi pas, un freeparteur, inconnu au catalogue : et la taille de sa bite alors ?

 

Cagette en plastique glissant sur parquet, pochettes plastifiées, frottement, un bac de disques donc, le choc de la galette soulevée qui retombe, la voix dit quelque chose, comprends pas, ne fais pas répéter, scratches, Glenn Gould, la galette a vécu, scritchs, ne laisse pas la musique distraire, vampiriser, inscris la scène, le moment dans la mémoire survécue des mélanges, soie, parenthèse, accalmie, avis de beau temps. -Le million ! le million !- une vingtaine suffira, de cm, juste de quoi rompre le schéma de malédiction.

 

Son torse à hauteur du mien, erreur de pronostic il y a des poils, taille du buste égale à la mienne, mes mains dessus aux entournures, vers moi, l’arrête du matelas à ma mi-mollet d’ancienne, tire en arrière, ensemble allongés, soulève le sweet par dessus tête en douceur, le sweat, cheveux, boucles, soyance, descendre, phalanges autour de son cou, épaisseur mitigée, sur le côté, l’oreille, lobe charnu, la tempe, haute, dans ses cheveux, cicatrice bas cranienne, descendre, gagner du terrain, sourcils rapprochés, épais, dessinent les yeux, le gauche plus petit, les cils, courts, abaissés, yeux de chiens, creux, orbites profondes, nez long, découvre la bouche, grosses lèvres, de la chair, entre une phalange dans le palais, chaud, mouillé, langue s’enroule, mon index, roule une pelle avec le doigt, chaud bouillant mouillé, canines prédominantes, susurre,

petit vampire, lui, se recule, détaché, sur mes seins sa bouche, lèvres, siennes, savantes, font durcir, sa voix, je viens de Transylvanie, réponds, souffle, vampire, lèvres voyageuses, les siennes, mon ventre, formes concentriques qu’il trace, perds notion temps-espace, mains à sa ceinture, défont la dernière barrière, alors, grosse ou pas, phalanges pressées, boxer, cul moulé, courbe épaisse, peur, très, la vie, une putain, genre de circonstances, alors, pute ou pas, tire sur l’ élastique avec deux doigts, langue, son épaule, soie toujours, main droite quitte son genou, remonte le long de la cuisse, alors, pute ou pas, poils épais sur la face interne, testicule, bout des doigts, effleure, index, la tige, alors, longue ou, épaisse ou.

 

Enroule.

 

Longue oui, épaisse oui, gland non-circoncis, prépuce rugueux.

Les poils, des poils de blonds, réponse à une autre question.

 

L’ange, blond, méga bien monté, l’enfer, la malédiction, tout ça, les c’est comme ças, terminé, tout ça, la vie pute, derrière moi. Peau à peau, soie,

définitivement. Le million.

 

Ensuite fais ses seins, à lui, reprends mes esprits, délicatement, fait partie de ceux qui apprécient le traitement,  lui, vérifie, l’effet sur la tige, roide, fais durcir, téton juvénile, peu saillant, poils entre les mamelons, implantation, forme de cœur, ne se refuse rien on dirait, ma langue sans faillir, maintenir la pression, défais ma jupe d’une main, ôte mes socquettes en résille de l’autre, au-dessus de nous un soleil perce, effet de velux mansardé sur les épaules, bruit de pluie pourtant, tuiles, silence d’un quartier résidentiel, des cloches, soudain, impressions de campagne, esprit de village, compter, un, deux…six, sept,  heures donc, les matines, pas de pétard, pas la bute aux racailles, de nouveau oublier, nécessité de, nous soustraire, sensation détrempée entre mes cuisses, ruisselle, indifférente, défoncée indifférente, oublier le grand écart d’il y a quelques heures chialant  sur un trottoir, maintenant ça, mouiller, désirer grave cette bite inconnue, respectable, un saut incroyable, n’y croyais plus, déçue à répétition, l’impossible, oublier l’écart de nos années, penser homosexuel, conneries, penser Hollywood , se gênent peut être, chacun son tour, penser individuel, à moi, concentrer sur, la queue, bouche trop sèche pour sucer correctement, ne pas essayer, nous bascule, grimpe, genoux serrant ses hanches, prête à jusqu’au sans capote, il stoppe, j’arrive, la voix dit, aller-retour, foulée lourde, booms sourds, revient, ma main de suite, toujours raide, guide la queue sous moi, monter, descendre, gel naturel estompe la sensation clinique de latex, assise dessus sa bite, monter, descendre, bruit féminin, shlickshlack, sexe gluant, ne me confond même plus, se perd dans le  free de Sun Ra, baise bien, lui, petit con peut-être, en tout cas bon baiseur, déjà ça, attend, se fait attendre, s’abandonne comme si on se connaissait, la voix demande si les lunettes sont utiles, les vire, ne réponds pas, ça repart, différemment, autre poses autre

répertoire, entente mutuelle, comme des chiens, le fantôme du cowboy de cet après midi s’éloigne, cheval éteint, qu’il aille se faire mettre, lui aussi, rebelote, fournée de l’inespérance, énergie de la jeunesse, l’ange geint, les cloches marquent la durée, onze, midi, quatorze juillet, fête nationale à mon pétard, plus de pluie, chaleur progressivement étouffante de soupente ensoleillée, notion temps revient doucement, une capote au final, deux, trois, ne plus compter, lui jouit, lui, finie la torture, pas d’infatigable qui tienne, même jeune, sa tête repose sur mon avant bras, fourmis, les cloches, quatre coups, de l’après midi et toujours pas de pétards, son souffle sur mon biceps, régulier, limbes, ne pas le rejoindre, ne pas sombrer, fuir le réveil avant qu’il ne pot aux roses, accorder nos respiration, puis, sombrer, finalement.

Lâcher prise.

 

Rêves en couleur.

 

Bigo vibre, le mien, pas bouger, pas réveiller, surtout pas, résister à l’appel de ma vessie, compliqué en territoire inconnu, pudeur ancienne, pas de bain pas de tout nu chez les inconnus, lui, plus tout à fait un inconnu, ma main justement, visite les dégats, entrecuisse gluant, restes, entrecuisse gluant, sonde pubienne interne, ressucée de désir au réveil, mélange de neuf et d’avant, conséquence de mois de frustration, moi frustrée par un cowboy à garçons, amoureuse à pédé, pas facile, plus tard ça, pas maintenant, retour de l’appel pissotière, bas ventre gonflé

d’urine, sors du lit, quatre pattes sur le parquet au rythme régulier du souffle du dormeur, quelques mètres droit devant, la chance, un escalier, redressée, debout, descendre, ne pas croiser, personne, quelqu’un, pudeur de l’inconnu, craquement des lattes, silence rassurant s’ensuit, toujours le souffle éloigné régulier, après, une porte, particules dans les narines de poussière, vieux meubles, referme prudemment derrière, étagères, retour dans la cage, deuxième porte, poignée ronde en porcelaine, grincement des gonds, à l’intérieur, parfum de javel, son de goutte à goutte dans un évier, fenêtre ouverte sur le chant des oiseaux, vent dans les branches, froissements de feuilles, gouttes, pluie sur les

feuilles, marche arrière, baignoire haute, à pieds, tapis de bain à poils longs, ovale sur carrelage inégal, demi-tour, évier, le goutte à goutte, à gauche, bidet, encore à gauche, muret, de l’autre côté enfin le chiotte, selle en bois, confortable, vider, soulagement du dégorgement, son dru du trop plein contre la porcelaine, appuyer, chasse moderne, beaucoup mieux, ventre creux, relevée, bute, pile de linges humides, éponges, chaussettes, relents de campagne, maisons de familles, autre obstacle autre pile, une main par terre, ramasse un tee-shirt, odeur de garçon mais un autre, essuie mon cou avec, sueur d’être surprise, flagrant délit de viol, trop jeune pour moi, l’évier, de l’eau sur le visage, de l’eau sous les bras, sueurs, entre les jambes, lave mes propres odeurs de sale, avantage de la capote, zéro trace même avec un gros nœud dans le tambour, la baise homo clean, l’anti barreback, dentifrice, rincer les mélanges, gargouille dans le silence, bruit de la pluie stoppé, quelques gouttes subsistent, machine arrière dans l’escalier, retour dans la soupente, agression de l’odeur, circuit renfermé, chaleur, le souffle, sulfureuse devient la puanteur, trouver le lit sans bruit, ne rien changer, ne rien provoquer, surtout, que ça dure.

 

 

 

 

 

 

 

Rejoins le lit sans troubler, odeurs de sommeil dans tout l’espace, sommeil pur, régulier, son souffle, ses bras ronds, des ailes, les détache de son torse pour y appliquer le mien, presse mon sein, son aisselle, gémit, moi, peur, l’éveil, la réalité, les cloches disent le retour à, peur, fin de la magie, évanouie avec la veille, peur, et s’il me remercie, entretiens l’hypothèse inverse, ne précipite rien et surtout pas son réveil, l’écouter dormir plutôt, le vent peigne le toit avec des

branches, raclements, près du corps au repos, sa voix murmure, phrases

paradoxales, mots sans corrélation, syllabes marmonnées, parcours avec mes lèvres le trajet d’une épaule à l’oreille, le cou, racine de ses boucles, le dos au soulevé alternatif, peur, la fin, l’état de grâce, la belle histoire, peur, le conte achevé, insiste avec les lèvres la joue le front, sous mon autre main sa hanche, monte chercher, y vais, sexe dur, gaule organique du matin, hésite, en profiter qu’il bande, risquer la fin, mes lèvres sur son torse, maintenant, retrouve le cœur de la poitrine, langue en pointe jusqu’au nombril, autour, arabasques langue

plume, d’une main, écarte ses cuisses, solides, d’homme, excite l’aine, langue dard, en courbe sur une fesse, descendre, entre l’anus et l’orée de la verge, le corps entier réagit, bouge, sons ensuqués émanent, un acquiescement rassurant, invitée à continuer, sent bon, le tendre, la viande neuve, testicules duveteuses, hypersexuel, non-obscène pourtant, langue ramollie, enroule, bouche pleine, son gémissement, bouche vide, ses hanches vers mon visage, ses doigts dans les cheveux derrière mon oreille, mon lobe entre son pouce et son index, geste tendre, peur en voie d’estompe, positionner un savoir-faire attendre, une maîtrise, bouche pleine, bouche vide, vingt ans, moi aussi, de savoir-faire jouir,

accélère, me retourne avec ses aîles, s’enfonce, fait mentir sa jeunesse, cogne juste, qui lui a appris, plus de défonce de mélanges plus d’oubli redescends sous les coups, bas, quel est mon numéro, la combientième, dans quelle catégorie, rubrique, vieilles peut-être, d’un soir sans doute, peur, de mieux en mieux et il jouit, quelle place dans son palmarès, quel niveau, case, les cloches, après-midi consommée, quatorze juillet, olé. Olé.

 

La madone transformée, living in an hétérial world, la capote n’a pas fait son effet, déchirée, pas grave, living in an hétérial world, pas de contraceptif pour autant, tant pis, living in an hétérial world, double risque, pas grave, living in an hétérial world, térial…

 

17 ans, la ride du cul en plus, moi.

 

Se lève, sort de la pièce, mon dos contre un mur, trouver mon portable,

message, Nico, ambiance afterisante derrière, des gens, criant, par dessus alors ma caille tu kiffes ta race, Nico braille, éteins, plus tard le réel, revient et s’affaire, allume des machines, tics familiers de plastique, Sun Ra remixé surgit de partout, enceintes aux quatre coins, peur, point commun, chez moi la disposition, son en cathédrale, inhérence de la soupente, beat brutal, techno speed, d’extérieur, anti-commerciale.

Mon son, il dit.

La musique, lui aussi.

 

Un téléphone, répond, t’es toute seule sa voix demande, une fille, à moi la réponse, qui, peur, contraction du plexus solaire, baiser pour baiser pas gagné, sa voix, à toute Chloé, imagine, qui quoi, sa copine, une, parmi des, il la trompe, fantasme, peur, retour du palmarès version chapelet, une perle, moi, un ave maria, imagine, tous les soirs une nouvelle, sa copine, une de ses, en vacances, conte de Juillet, tous les soirs une différente, casting de célibataire provisoire, dans quelle case ma carcasse, imagine, il appréciera c’était correct, case cool, peur, par rapport à sa copine, ou les autres, mieux ou moins bien, quelle position, sors mon matos à joints, roule, occuper mes doigts, peur, temps long à

filer de cette conversation à trois, interprète, façon inconsciente de me donner le top départ, accélération cardiaque, c’est ça, partir, ramasser mes affaires, palpe autour du lit, mes gaules éparpillées, souliers, sensation de sale, de pas lavé, fringues de la veille enfumées, odeur de club, le son est remonté, en profiter : bouger.

 

La voix, rapprochée, tu t’en vas il demande.

 

Réponds pas, suis déjà dans l’escalier, un con de cierge, à ma lâcheté, partir sans laisser de trace, possible fausse bonne idée. L’allée, la porte métallique, le trottoir, appeler un taxi, une fenêtre derrière moi, la voix à travers les arbres, à bientôt, il dit, c’est quoi l’adresse pour mon taxi, l’adresse, à bientôt, plus bas, moi, contraction au niveau du plexus solaire, à bientôt quand, diesel, le taxi, klaxonne toujours deux fois, monte, indique l’itinéraire préféré en baissant la vitre, rallume mon bigo, Nico, plus de voix, chat sexy d’excès de la nuit éraille tout, alors elle demande, sublime, réponds, poursuis, baiser sans laisser d’adresse une première, welcome, elle dit, le retrouver, facile, la filière Feadz, Tim Paris, moi, non, c’est mieux comme ça, parenthèse en or, le son d’une nuit, son, son, Nico dit heureuse, pour moi, she loves me, elle rit, plus doucement, et comment il l’a pris, quoi, fais pas la conne, elle dit, quoi, comment il a réagi, rien dit, moi, tu mens, elle dit, pas possible, si, possible, ça, un silence, pourquoi, elle

demande, réponds, ça aurait changé quoi, quelle différence, hein, une référence, son répertoire de baiseur, une différence inutile, en exergue, nouvelle catégorie, qui y aurait gagné quoi, question, moi, Nico revient sur le tapis, pourquoi, te fais ça, masochistéria, pas de pitié, réponds quand même, pas de pitié, pas question

de me faire baiser par curiosité.

 

Ni curiosité ni intérêt. Par pitié.

 

Autre silence dense, promets de rappeler dès que rentrée, moi, peur, les

pétards, failli devenir sourde, gosse, un pétard trop près du tympan, trop d’otites, gamine, paracentèses, jetons maxi des pétards aujourd’hui, risque, paracentèse supplémentaire garantit la surdité, peur panique, les pétards du 14 juillet, habituée à materner, Nico, mère de la nuit, te laisse pas toute seule, te rejoins, des papapapams et des booms autour du véhicule, centre ville, peur, faire diversion, revenir la nuit en mémoire, la sonde dans le bas-ventre, faire confiance au chauffeur, écouter la chanson qui passe, revenir aux sensations de la nuit, la sonde, impression mécanique, réveil d’un truc oublié, évincé par des

répétitions d’Impossible, fête nationale personnelle.

 

La sorcière, prédit. En même temps une explosion contre la portière, mamouth, au moins, double choc, sursaute.

 

La sorcière, prédit. Le chauffeur hurle connard, lui.

 

 


,Janvier 02

 

Chaleur intense, féria, alccols, foule, on prend mes mains, ausculte mes doigts, une voix rauque, fort accent populaire, tu vas rencontrer quelqu’un elle dit, jeune, blanc comme toi, pas ici, dans ton pays la voix insiste, beaucoup plus jeune que toi, des enfants : trois.

 

 


, Juillet 02

 

Ralenti du moteur, taxi à l’arrêt, arrivée, voulez de l’aide, il demande, décline, pas la peine, ici familier, pressée, la monnaie, pressée, la grille, pétards mitraillettes à moins de cinquante mètres, mômes, le code, vite, la cour, prends garde, jambes tremblantes, fatigue, peur, accumulation, la nuit, ça, terreur des pétards, devenir sourde, avancer vite, la grille claque derrière, se referme sur le danger, maison, clefs, fond du sac, du trou, trouille, mains maladroites, serrure, interrupteur, tuner en marche, espace habité, le mien, voix connue émane des ondes, animatrice, couvre les booms de la rue, en sécurité, maison, protection.

 

Pétards éloignés, peur aussi, devenir sourde : impossible.

 

Déjà qu’aveugle.)







 

 

 

 

 

 
C'est là que j'ai rencontré le père de mes enfants.

Un soir de quatorze Juillet.

Un morceau : One, two, three. Closer Music.

Le bateau rouge, c'est l'aboutissement.

Avec des centaines de stolen moments, de jour comme de nuit ( les Cake and milk, l'été )( les années pendant lesquelles Vigo Perrault a fait la programmation).

La rencontre avec Nicolas Sfintescu un 14 juillet au BATOFAR ( date de l'anniversaire de la grand-mère perdue, devenue personnage central de mon premier roman publié ), a été écrite de tant de façons, que je serais bien en peine de dire quelle en est ma version préférée, à l'heure d'aujourd'hui.

Quand Delphine ( Palatsi, DJ sextoy ) est morte, il y sept ans, j'ai écrit un manuscrit intitulé Comment quarante dont la partie centrale est une interview de Delphine tronquée ( massacrée) par Max, dans son intégralité, sur son rapport au corps. De la tête aux pieds. Ce manuscrit démarre pourtant dans la fiction, le personnage écrivant ( moi qui est un autre, donc) est aveugle. Je voulais à cette époque sortir de la facilité, rompre avec le narrateur du roman précédent qui, réalisateur de films, avait une perception très visuelle du monde. J'ai cessé ce que j'ai considéré comme une mascarade pour la suite du manuscrit, redevenant celle que je suis narratrice ou pas, dont les mémoires photographique et auditive sont en alternance, un don du ciel et une malédiction.

Je ne sais pas si Comment quarante, jugé métalittéraire par un grand éditeur, jugé difficile à faire entrer dans quelque catégorie éditoriale que ce soit par quelques autres du même acabit malgré ( je cite) ses incontestables qualités ( écriture parlant ), verra un jour son contenu imprimé. 

Je vais donc publier ici sa première scène, la scène à l'aveugle de la rencontre qui a réellement existé.

Et reviendrai, plus tard, au fil, sur le reste. 






 
Une personne : Jean.

Un morceau : Purple rain ( Prince, préciser ? ).

Une heure : Cinq ( du matin, préciser ?).

Ce soir là je l'ai attendu, sûrement, pas plus que d'habitude, ma relation avec Jean est ainsi, on se voit tous les jours, tous les soirs, il m'a appris beaucoup de choses, le backgammon, il m'a appris beaucoup de choses, de gens, grâce à lui mon année d'hypokhâgne s'est changée en année d'apprentissage d'une certaine forme de vraie vie.

Nous ne sortons pas ensemble, je suis très amoureuse et lui sans doute aussi mais nous avons tous les deux, une, plusieurs vies, c'est donc du platonique pur jus. Mon amoureux est à l'armée, en 1984 ( Pierre ). La veille je suis sortie ( j'ai donc trompé mon amoureux ) avec Frida ( Frédéric Magnus ), qui a dormi à la maison, nous sommes voisins dans le quartier d'Iena. J'adore Jean. Il est speed. Il est drôle. Il habite un endroit dément. dans le coeur de la faculté de médecine, Bd St Germain. Un endroit dément et protégé, dans le sens qu'il faut un mandat pour pouvoir y pénétrer, qu'il faut passer le cap du gardien pour pouvoir y monter. Deux détails qui n'en sont pas, Jean jouit d'une impunité qui lui permet d'exercer son activité illicite, celle qui lui fait fréquenter la nuit, celle qui lui permet de ne jamais dormir, de rouler en BM, de vivre très au-dessus de ses moyens, de consommer à l'oeil.

Jean-Charles ( aujourd'hui moniteur de sport à la clinique Montevideo ), Richard ( Pinhas ), Christian ( Bourboulon, mort stupidement il y quelques années d'un accident de moto porte Maillot ), la bande de Val d'isère, du Grizzli, le restaurant des halles, les bandes se confondent chez Jean, à toutes les heures de la nuit, et quelle que soit cette heure, la maman de Jean laisse toujours un mot sur l'ultime escalier qui monte à ses appartements, avec qui a appelé, le frigo est rempli, c'est la grande époque Ballantine's, la grande époque TGV au Bus ( téquila-get-vodka), la grande époque de l'impunité.

Qui ne durera pas au delà des années 90.

Ce soir là il est donc cinq heures quand Jean que je n'attendais pas débarque sur la piste vidée, Jean-Charles balance Purple rain et des lumière adéquates sur le parquet, Jean tient deux verres verts ( le Get 27 dans la Téquila+Vodka ), il me serre dans ses bras, il sourit comme je ne suis pas certaine que je le reverrai jamais sourire, il a son blouson, son cuir à col de fourrure que je lui ai toujours connu, il me serre dans ses bras et nous allons rester comme ça, serrés, pendant les 9 minutes, avec cette proximité presque sexuelle, cet amour clair même si jamais déclaré, cette attirance officielle entre deux pudiques.

Des années plus tard, quand Jean, mourant sur un lit de la salle Grisolle de l'hôpital aujourd'hui fermé de la rue de Sèvres, mettra sa main de façon plus qu'explicite pour regarder mes seins et tenter de relever ma jupe, je me souviens avoir fermé les yeux pour ressusciter cette image, sa contention, pour admettre que la maladie avait transformé son cerveau et muté son jugement, ça n'était plus le même Jean, nous ne serions plus jamais ce soir de 1985, qui se finit chez lui (comme souvent), et s'acheva véritablement quand il me déposa devant le lycée où je faisais ma prépa (comme à chaque fois ), où les autres me regardaient comme une pestiférée, où quatre heures de cours de philosophie me laissaient tout juste l'espace pour récupérer, ces neuf minutes d'anthologie en boucle dans mon cerveau fébrile et épuisé.

Par une pluie mauve. 






 
Let's Dance est entré dans le process d'écriture.

Depuis hier, mes longues marches font affluer des noms, des lieux, des villes, des pays, le voyage a commencé, sans chronologie.

Je suis presque auto-sidérée par la longueur exponentielle de la liste.

Concernant la rue Fontaine, qui comporte plusieurs lieux, il y aura certainement des dizaines de chapitres.

Avec ce premier dont il faut, entre guillemets, que je me débarrasse le plus rapidement possible, parce qu'il vient parasister systématiquement ma carte mémoire.

C'est un des endroits qui méritent à lui seul un before-propos.

La coïncidence qui veut que ce matin, dans un webzine que je reçois chaque jour, un entrefilet annonce que Chris(-topher Thompson ) fait jouer sa femme Géraldine ( Pailhas) dans un film qui va sortir bientôt dont le titre est BUS PALLADIUM n'est pas pour démentir le projet.

En novembre 1988, Milou ( Amélie de Turckeim ) et Fred ( éric beigbeder), font paraître dans le quatrième numéro de Glamour, une série de portraits dont je n'arrive pas à rougir juste à cause de la dernière question.
Sept portraits de filles : Sept héritières qui nous sont chères.

Et oui.

A côté de mon nom, il y a donc mon âge, 21 ans. Et une série de questions supposées me faire passer pour le (rôti) parti à saisir.
La dernière question est :
Où la draguer ? 
Réponse :
Au Bus, en semaine.

Effectivement, on disait le Bus, et tout aussi effectivement, il n'était pas question d'y aller, snobisme rock and roll oblige, autrement que du mardi ( le lady's night, gratuit pour les filles), au vendredi soir (éventuellement). 

Je ne sais pas combien d'années. Plus d'une dizaine sans aucun doute. Ca s'annoncera, comme le reste, par flashs.

Mais il est une séquence dont je dois me débarrasser tout de suite.

Pour qu'elle cesse de vampiriser tout le reste.



 
C'est Lauren à qui je dois encore une fois la mise en page, qui me l'a rappelé en confirmant mon intuition, on a tous en nous quelque chose du Tenecee-clubbing. Les miroirs, devant lesquels on répétait, avec nos bandanas rouges.
J'aurai connu deux périodes.

Le Freaks.

Le Climax.

Je dois encore avoir une boite d'allumettes dudit Climax quelquepart,, autrement dit une authentique boite d'allumettes des années 85-90, noire et blanche.

Les années d'avant, c'était le Freaks.

Avec un morceau qui surgit tout de suite : 52 Girls, B 52'S.

Et qui bouffe tous les autres. ( Même Les démons de minuit joués en live, les seuls noirs que j'ai jamais vus dans cette boite de nuit, pour une fois que des locaux ont fait un tube planétaire, il y a eu exception ).

Je suis allée dans cet endroit qui conjuguait lui aussi extérieur et intérieur pendant toute mon adolescence, puisque pendant toute mon adolescence j'ai eu la chance de passer un mois par an sur cette île. Mon adolescence (locale ) a pris fin à la fin des années 80, quand j'ai réalisé qu'effectivement, il n'y aurait jamais un noir dans cette boite de nuit, que le seul chinois ( Alain Wong, je l'ai revu cette année, nous avons vieilli mais nous avons bien profité ) était infréquentable aux yeux de ma famille.
Que j'étais condamnée à me tenir.

Dans la période Freak's je sortais avec mes cousins, et les cousins de mes cousins, et les cousins des cousins de mes cousins.

Trois mille cinq cents blancs pour un million quatre cents mille habitants, ça crée des liens ( consanguins ).

Dans la période Climax, je me suis affranchie dans l'infréquentable, mes amis fumaient de la gandia ( pas moi ), mes amis étaient drôles, vivaient leurs études aux quatre coins du monde, ou leurs jobs, il y avait des jockeys australiens, des fils de italiens, des anglais, de tout. Je rentrais toujours à la fermeture en passant par les cannes, sur ma mobylette, je me souvenais alors que j'avais passablement forcé sur..., le lendemain matin (midi ), je ne pensais déjà qu'à ce que j'allais mettre pour y retourner le soir. J'ai un souvenir de jupe rose fluo. 

Quand je suis retournée sur place ces deux derniers débuts d'année, j'ai demandé si le lieu existait toujours. Oui. Est ce que tu veux aller voir. Non. Surtout pas. Je veux garder la vision floue, les musiques pas moins, je pourrais avancer sans me tromper que c'est là que j'ai découvert Talk Talk bien avant le reste de la planète, grâce aux jockeys australiens ( ils venaient de Perth), je veux me protéger de cette idée gênante : c'était un petit paradis. Pour blancs.









 
La première chose à laquelle j'ai pensé après avoir nettoyé la gerbe que ces enculés avaient laissé dans le lavabo de mes enfants et rangé avant de le bouter hors de la maison à jamais le grand couteau de cuisine que ces enculés avaient saisi pour monter à notre chambre, c'est Merde, les photo du Pano.

Ils ont volé mon ordi, mais ils n'ont pas volé les disques durs dans lesquels j'avais eu la bonne idée de les sauvegarder.

Il est interdit de prendre des photos, au Berghain.

Si j'ai pu en prendre ( beaucoup ) c'est parce que la première fois que j'ai mis les pieds dans ce qui semble être devenu le club des clubs des années post 2005, c'était en fin d'après-midi, pour faire la balance du groupe du père de mes enfants. On a rencontré le patron du club qui reste un visionnaire doté d'une humanité rare dans cette caste étrange. On s'est plu. J'ai rencontré un barman français d'un certain âge, pédé, on s'est plu. Alors, pendant que la voix incroyablement pure ce jour-là du chanteur des Nôze amplissait l'immense pièce blanche, ses énormes fenêtres, j'ai pu sortir mon Leîca et faire le tour du Panorama bar, le tour des backrooms, le tour du gigantesque Berghain, en-dessous, j'ai pu photographier le tirage d'une chatte géante à l'entrée du Pano, l'architecture démente des colonnes, à l'étage en dessous, et ensuite, la terrasse, dehors.

C'est un trésor.

La musique immédiate, c'est donc le filet de voix en plein jour, tellement pur.

J'y suis allée deux fois.

Deux fois dans les mêmes conditions, pour un live du même groupe, et les conditions dans lesquelles nous avons été reçus me donnent à penser que je n'y retournerai que dans ces mêmes conditions, ça s'appelle Prendre de mauvaises habitudes.

Mon homme m'avait toujours dit que j'adorerais, il me connait bien, et pas que.

Que dire d'un club où l'évaluation du succès de celui qui joue se mesure au nombre d'ouvertures des volets dès que le jour se lève, ouvertures brèves qui font rentrer la lumière naturelle comme une lumière blanche, vraiment blanche, et rend hystérique le parterre qui sait bien que la nuit n'est pas finie.

Il peut tout se passer dans un endroit pareil.

Les serveurs peuvent être des travelos, et ne jamais faire attendre les assoiffés au bar. On n'attend pas, au Berghain. On peut être de n'importe quelle (trans-)sexualité, au contraire.

On peut être une fille et faire la fille, on peut être un garçon et faire la fille, on peut... your choice.

La première fois que j'y suis allée on a passé la soirée là-bas, autrement dit à l'heure du live des Nôze ( cinq, six heures ?), j'étais déjà correctement déconnectée du monde de ceux qui se lèvent tôt, j'ai demandé la permission de chanter ces choeurs que je chante aussi sur l'EP, je suis montée sur l'estrade avec eux, j'ai oublié les paroles de ce Kitchen que j'ai pourtant tellement, j'ai chanté en souriant, je regardais la salle pleine, les bras levés, je me suis approprié quelques minutes une part de l'intensité.

La deuxième fois, on s'est levés à deux heures du matin, on a quitté l'hôtel, et on est arrivés dans le no man's land qui borde le Berghain la queue faisait déjà un bon kilomètre. Et il ne faisait pas particulièrement chaud. La soirée était bien.

Mais ce que j'ai préféré c'est le lendemain.

On est revenus mon homme et moi, vers six heures de l'après-midi, après être allés se baigner. Sur la terrasse :les vétérans. Le boss nous a accueillis, il avait dormi lui aussi, n'était pas venu au concert de la veille, il sait que Le Panorama bar adore les Nôze, il nous a offert un verre, je me suis assise sur un muret ça faisait longtemps que je n'avais pas été à une tea-dance, à une tea-dance en extérieur encore moins, j'ai pensé à Dustan, on y a pensé en même temps mon homme et moi ( me connait et pas que ), nous avons pensé qu'il aurait aimé, tout, le rideau d'eau discrètement vaporisé sur le dance-floor, les garçons-filles et les filles-garçons aux uniformes esquintés par la nuit devenue jour et prête à redevenir nuit, la musique, pas balléarique ça n'est pas le style mais finalement, pas si éloignée, le sentiment incroyable de protection du monde extérieur, la définition, même provisoire, de la Paix. On est restés, jusqu'à ce qu'il faille aller prendre l'avion, on a bu quelques verres dont les effets se sont certainement démultipliés avec le soleil couchant illustré d'un bon set de minimale, la mélancolie était positive, comme souvent, comme toujours finalement on le verra, je me suis sentie chez moi.

Vraiment chez moi.










 
C'est le vrai premier.

il y en a eu d'autres auparavant, villégiatures, clubs à papa, mais les après-midi de la Scala, c'est vraiment le début.

Samedi, dimanche, (s), (s).

La première image spontanée est double, c'est celle de la queue sous les arcades, et celle du fond de la scène, un panneau concave et très haut, sur lequel défilent des inscriptions lumineuses très eighties. 

N'ayant pas grandi à Paris, l'école de filles bien pensantes ( soi-disant ) sous tout rapports, le rallye ( le plus fin de race de tous, thanxs god )( la chance )(celui qui donna naissance au Caca's club), et la Scala sont mes trois sésames d'intégration dans la capitale en 1981.
Si je devais garder une rencontre, encore que je ne sois pas sûre que ce soit là que nous nous soyons connues, je garderais Anne, qui ne s'appelait pas encore Ann, qui n'était pas encore la Scott écrivain mais une fille avec un nom chic dans les métiers de l'art qui se collectionne.
Je me souviens de nos chorés, de cette grande fille ( encore plus qu'Ann elle même) qui se mettait donc généralement derrière nous, grande et à cheveux très courts, des files, de cette façon de posséder l'estrade ( la scène ), je revois nos mouvements calés, j'entends encore l'évolution subtile du disco à la funk. 

J'entends You're the one for me. D-Train.

Plus tard, j'y suis venue la nuit, j'avais grandi, légalement ou pas, j'ai pu y venir la nuit. Ca n'a jamais eu d'autre charme que celui de l'interdit. Tous les moments clefs, tout ce que je collectionne si je fouille d'éléments déterminants pour la suite de mon parcours, se situent dans l'album des après-midis.
Il y eut ce Marc, embrassé un week-end, attendu donc de pied ferme le suivant, dont on appris par un toujours incroyable bouche-à-oreilles ( fascination du comment la rumeur, malgré le barnum, se propage dans un club ), qu'il était à l'hôpital, amputé d'une jambe. Il avait eu un accident de Chappy en venant depuis Clamart. On le lui a pas amputé la jambe, je me souviens juste de nous, la bande, à chaudes larmes. Et du cadeau que je devais lui apporter à l'hopital le mercredi suivant. je n'y suis jamais allée. J'étais dans un commissariat. Le samedi soir, après l'annonce de l'accident, ce samedi soir, devait lui aussi, conditionner le reste de ma vie à base de Leçon.

Je revois les étages, les coursives, j'entends Donnez moi du feu. Kim Larsen.

il y a eu quelques incartades à la régularité, L'Aventure, le François premier, mais le vrai rendez-vous de cette année initiatique c'est là.

Le Burger King des Champs-élysées. Et la Scala dans la foulée. Deux mille cinq cents mètres carré. La ( toujours ) plus grande discothèque de Paris.









 

                              
 Around the words             
 [Before-propos]                
                                                                                                   
 J’ai longtemps tourné autour de ce propos, et de cette idée, décrire un par un les clubs, tous les clubs, qui ont façonné, illustré,                  émaillé,  développé…   
 A travers un nom un endroit une période, les musiques, les bandes, le tempo d’une époque fut-elle courte, tout devrait y être.                   
 A Paris, & around the world. 
 En 2001, un journaliste ( Patrick Thévenin ) en mal de concept m’avait intitulée Ecrivain-clubbeuse.
 Même si le terme est réducteur, et dépassé, il a sa part de vérité.
 Le temps est venu de la compile.
 Enjoy. 

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